Élections 2010: le Kosovo n’a pas le droit à l’erreur

Un Président qui démissionne, un parti historique qui implose, un gouvernement qui explose, et le Kosovo est amené à organiser des élections générales très anticipées, le 12 décembre prochain. Au cours des derniers mois, le Chant des Merles a porté son regard sur un pays à la croisée des chemins, à la fois au niveau politique et social. L’organisation de ces nouvelles élections, les premières depuis l’indépendance, est un pas décisif qui doit engager le Kosovo dans la voie de l’autonomie et de l’émancipation.

Un pas décisif, mais une marche trop haute pour la jeune république ?

La démission du Président Fatmir Sejdiu impliquait l’organisation de nouvelles élections, au plus tard à la fin de l’intérim de Jakup Krasniqi, le 13 février 2011. Alors que la communauté internationale pressait pour cette échéance, la classe politique kosovare souhaitait, elle, les organiser au plus vite, dès le mois de décembre. Toutefois, l’intérim du Président de l’Assemblée ne tenait qu’au fragile maintien de la coalition gouvernementale formée, en 2007, par le PDK et la LDK. Cette dernière, en proie à de fortes luttes internes, a annoncé mi-octobre son retrait de la coalition. La LDK implose, le gouvernement explose.

Le 2 novembre, une motion de censure est finalement adoptée par le Parlement à une écrasante majorité (66 pour, 1 contre et 2 abstentions), largement soutenue par les députés du groupe majoritaire PDK. Le sort du gouvernement scellé, de nouvelles élections doivent être organisées sous 45 jours. Soit le 12 décembre.

Vue de Pristina - par Pierre Bonifassi

Vue de Pristina - par Pierre Bonifassi

L’avenir du Kosovo va se jouer, dans les prochains mois, au travers de deux enjeux majeurs : le dialogue sur la libéralisation des visas avec l’Union européenne, et le lancement très attendu des négociations avec la Serbie notamment sur le nord du Kosovo. En avançant les élections au maximum, le Kosovo souhaitait être en position de force face à ses interlocuteurs – un gouvernement « de transition » n’ayant pas le même poids qu’un gouvernement fraîchement élu. Un choix cependant risqué.

Examen de passage pour Pristina

En effet, il n’est pas certain que l’avancement des élections soit l’option la plus judicieuse pour le Kosovo. Dans ce contexte, il doit, dans un délai extrêmement court et surtout sans logistique expérimentée, organiser, contrôler et valider des élections de grande ampleur. Un objectif très peu réaliste, comme l’a souligné la Commission centrale des élections qui a déclaré ne pas pouvoir garantir la « qualité » du scrutin. Et ce n’est certainement pas dans le dernier rapport de Transparency International sur la corruption dans la sphère publique que Pristina trouvera les garanties suffisantes pour rassurer l’opinion nationale et internationale. Le Kosovo y occupe la 110ème place, derrière le Gabon et la Moldavie.

Les autorités kosovares auront donc fort à faire pour assurer la transparence des élections, et ce malgré l’appel lancé aux observateurs internationaux. Car, au delà des difficultés logistiques, s’ajoute également le pouvoir très important des fiefs partisans, dans lesquels toutes les formes d’irrégularités et d’intimidation sont attendues. L’hiver, également, risque de compliquer encore la tâche de Pristina en bloquant les voies de communication, coupant ainsi de nombreux villages du reste du pays.

Vue de Prizren (sud du pays) - par Pierre Bonifassi

Vue de Prizren (sud du pays) - par Pierre Bonifassi

Si les Kosovars attendent beaucoup de l’avenir, ils sont en revanche sceptiques sur l’impact de ces élections sur leur vie quotidienne et le renouveau de leur classe dirigeante. Le clivage traditionnel PDK-LDK risque une nouvelle fois d’arbitrer le scrutin, malgré la percée de nouvelles formations politiques. Toutefois, les anciennes puissances tutélaires internationales jugeront davantage la capacité du Kosovo à organiser ces élections et à prendre en main son avenir, bientôt trois ans après la déclaration d’indépendance.

Dans un pays dont la situation politique, économique et sociale est alarmante, les élections de décembre vont faire office d’examen de passage aussi complexe que fondamental pour son avenir. En quête perpétuelle de crédibilité et de reconnaissance, le Kosovo n’a pas le droit à l’erreur et doit se montrer à la hauteur de ses ambitions. Face aux défis qui l’attendent, il n’en a, en réalité, pas le choix.

Pierre Bonifassi

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2 Commentaires

Classé dans Eclairage, Elections 2010, Vie Politique

2 réponses à “Élections 2010: le Kosovo n’a pas le droit à l’erreur

  1. Dragan

    Pourriez-vous nous informer sur les attitudes qu’adopteront les Serbes du Kosovo: participation aux élections ou pas, y a-t-il des candidats et si oui sur quelles listes? Cordialement, Dragan

  2. Pingback: Elections 2010: Les clés du scrutin | Kosovo: regard et perspectives

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