Archives de Catégorie: Kosovo/Albanie

Chute du Président Pacolli – Le Kosovo dans l’impasse

Au sortir d’élections générales mouvementées, marquées par de lourdes fraudes et l’explosion des affaires de corruption et de trafic d’organes, les pronostics de survie de la nouvelle coalition PDK-AKR n’étaient guère optimistes. Après un mois d’exercice controversé du pouvoir, le pays semble être de nouveau parti pour de longs mois de crise. Comme en septembre 2010 et la démission de Fatmir Sejdiu, c’est une nouvelle fois la présidence qui risque de faire tomber le gouvernement: la Cour constitutionnelle du Kosovo a en effet invalidé le 28 mars dernier, l’élection du président Behgjet Pacolli.

Aujourd’hui plus que jamais, le Kosovo se retrouve dans l’impasse.

Sorti vainqueur des élections, le PDK a dû composer avec un paysage politique aussi fragmenté qu’hostile à son égard. Le parti majoritaire ne pouvait compter que sur un faible soutien de l’AKR, cinquième force seulement du pays, menée par Behgjet Pacolli. Les partis d’opposition (LDK, AAK et Vetëvendosje) ne reconnaissant ni l’issue du scrutin, ni l’autorité gouvernementale, ni la légitimité politique et morale de l’industriel ont alors boycotté l’élection de ce dernier, le 22 février. Sur les 120 députés de l’Assemblée, les deux tiers au moins (soit 80) devaient se prononcer pour l’élection de Pacolli, mais seulement 67 étaient présents au moment du vote. Faute de quorum, la Cour constitutionnelle a donc invalidé l’élection, faisant tomber Pacolli et redonnant à Jakup Krasniqi, président de l’Assemblée, le poste de président intérimaire.

Seulement, la destitution de Pacolli remet en question le fondement même de la coalition gouvernementale. L’AKR n’avait en effet pour objectif que la présidence de la République, fonction aux pouvoirs honorifiques mais à l’exposition médiatique importante, notamment dans le contexte des négociations avec la Serbie. Si l’accord tombe, le PDK, faute de partenaires, n’aura d’autre choix que d’appeler à l’organisation de nouvelles élections. Toutefois, celles-ci ne sauraient être une solution crédible ni pérenne pour le pays. En effet, le système électoral proportionnel, tel qu’il est en vigueur au Kosovo, favorise les jeux d’alliances de circonstance fragilisant ainsi toute formation gouvernementale. Au terme d’éventuelles élections, et si le paysage politique ne change pas radicalement d’ici là, la classe politique kosovare aurait donc à résoudre les mêmes problématiques qu’aujourd’hui. Ce système électoral, imposé au Kosovo, a été marqué par la formation de sept gouvernements en neuf ans. Sa refonte était pourtant l’une des priorités du gouvernement.

Dépouillement des bulletins à Kqiq, 23 janvier 2011 - par Pierre Bonifassi

Dépouillement des bulletins à Kqiq, 23 janvier 2011 - par Pierre Bonifassi

Un climat social et politique délétère

La position du PDK, excellente à l’aube des élections de décembre, est désormais on ne peut plus délicate, laissant rejaillir sur la place publique ses fortes dissensions internes. Hashim Thaçi, décrédibilisé par les affaires et désavoué publiquement, semble ne plus être capable de contrer les attaques de ses rivaux. Parmi eux, Fatmir Limaj, ancienne figure de proue de l’UCK et leader du grand bastion PDK de Malishevë, a été arrêté il y a deux semaines par EULEX, accusé de crimes de guerre. Politiquement hors-jeu, il risque toutefois d’en emporter plus d’un dans sa chute, jusqu’à lever les zones d’ombres qui entourent l’implication du Premier ministre dans les diverses affaires qui secouent le pays.

Le Kosovo poursuit inexorablement sa fuite en avant, dans un climat politique et social délétère. Les repères auxquels le pays pouvait encore s’accrocher semblent vaciller: La classe politique est suspectée de toute part et les têtes commencent à tomber, le procès aussi douloureux que nécessaire de l’UCK met lourdement en péril l’image déjà bien écornée d’un Kosovo indépendant, la libéralisation des visas et l’intégration européenne sont quant à elles suspendues aux péripéties gouvernementales… Et lorsqu’enfin le budget est finalement voté par le Parlement après de longs mois d’attente, adoptant une augmentation nette des salaires, promesse de campagne aussi spectaculaire que précaire, c’est au FMI de suspendre son aide financière au pays…

Tous les voyants politiques, sociaux et économiques sont désormais au rouge. Le Kosovo, dans l’impasse, a-t-il seulement le temps de faire demi-tour?

Pierre Bonifassi

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Hillary Clinton à Pristina: Le Kosovo avait-il donc oublié d’être kosovar?

Le Kosovo sait reconnaître ses héros de l’indépendance. Parmi eux, la famille Clinton fait figure de star dans le pays. Bill a d’ailleurs inauguré, l’an passé, une statue à son effigie sur le boulevard éponyme. Et, lorsque c’est à Hillary, secrétaire d’État américain, de conclure sa tournée balkanique par une visite au Kosovo (mercredi 13 octobre), Pristina se met sur son trente-et-un.

Les officiels habillent leurs discours de remerciements et d’honneurs pour ceux qui ont offert l’indépendance au Kosovo. Le centre-ville, quant à lui, s’enveloppe de drapeaux américains et, comme de coutume, des drapeaux  kosovars et albanais. Alors que cette dernière association est traditionnelle au Kosovo, et n’a visiblement jamais heurté l’administration américaine sur place depuis 10 ans, celle-ci a ordonné, à la veille de l’arrivée d’Hillary Clinton, que l’on retire les drapeaux albanais des rues de Pristina. Une décision qui a provoqué, ici, l’étonnement voire la circonspection. Une occasion de revenir sur ces liens Kosovo-Albanie-Albanais-Kosovars si fondamentaux pour la région.

Le Kosovo, indépendant par la grâce de Washington, avait-il donc oublié d’être kosovar? Lire la suite

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Élections 2010: le Kosovo à la croisée des chemins

Le temps semble s’accélérer pour le Kosovo. Après les conclusions positives de la Cour internationale de Justice en juillet dernier, et le lancement des négociations avec la Serbie, la démission du Président de la République, le 27 septembre, entraine l’organisation d’élections anticipées prévues pour cet hiver. Une occasion pour la société civile de se faire entendre, et de se muer en formations politiques.

Depuis les élections générales de 2007, un gouvernement de coalition est au pouvoir, entre le PDK (Parti démocratique du Kosovo) et la LDK (Ligue démocratique du Kosovo). Le partage des fonctions s’est inscrit en faveur du premier. Hashim Thaçi (PDK) était jusqu’alors chef du gouvernement, et le leader de la LDK, Fatmir Sejdiu, Président aux pouvoirs honorifiques. Cette coalition fragile a aujourd’hui vécu, et s’est largement décrédibilisée, à travers des projets polémiques, des scandales de corruption et un impact très limité sur la qualité de vie des Kosovars. De plus, Fatmir Sejdiu cumulait, depuis 2006, ses fonctions de Président de la République et de président de parti. Un cumul inconstitutionnel qui a amené la Cour du Kosovo à juger la démission de Sejdiu. Le poste est depuis vacant.

L’ensemble de la classe politique a appelé, ces dernières semaines, à l’organisation d’élections anticipées. Et pour cause, Lire la suite

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Vetëvendosje face à la “colonisation” internationale

Dans le contexte du blocage du processus de négociation sur le statut final du Kosovo, nait, en 2005, un mouvement citoyen: Vetëvendosje, « autodétermination ». Depuis 1999 et jusqu’en 2008, la MINUK (Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo) était chargée d’administrer le territoire et la population du pays. Onze ans après la guerre, nourri par la lenteur des négociations et longueur du mandat de la MINUK, le mouvement Vetëvendosje cristallise aujourd’hui toute l’impatience et la grande volonté d’une réelle autodétermination des Albanais du Kosovo.

Le Manifeste du mouvement se base sur le constat d’une domination, à travers le temps, des différentes puissances étrangères sur le Kosovo. Celui-ci serait, à chaque étape de l’histoire, la victime chronique des différents régimes: celle de l’Empire ottoman (jusqu’à la première Guerre mondiale), des différentes Yougoslavies (1918-1941 puis 1945-1991), puis, surtout, de la République de Serbie, jusqu’en 1999. Vetëvendosje considère ainsi la MINUK comme la nouvelle étape de cette domination, une nouvelle forme de colonisation, dans laquelle les Kosovars seraient privés de leur liberté fondamentale, celle de s’autogérer.

Au coeur de la ville - par Pierre Bonifassi

Toutefois, bien que le mouvement s’oppose à toute forme de négociation avec la Serbie sur le statut final du Kosovo, qui mènerait, selon eux, à un rejet de l’indépendance et à une récupération du pays par Belgrade, celui-ci demeure pacifique et prend la forme d’un véritable mouvement citoyen. Ainsi, plus populaire que réellement puissant, Vetëvendosje mène, depuis 2005, de nombreuses campagnes médiatiques contre la MINUK, autour de slogans fédérateurs: « TUNG » signifiant en albanais « au revoir » autour des initiales des « UN » des Nations Unies.

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