Archives de Catégorie: Minorités

Élections 2010: Les clés du scrutin

La campagne officielle s’est achevée, vendredi soir, lors du dernier débat télévisé en direct sur la télévision publique kosovare, RTK. Face à la journaliste réputée Jeta Xharra, les représentants des sept principales formations en lice (AAK, AKR, FER, LDD, LDK, PDK, Vetëvendosje) ont usé leurs dernières cartouches afin de conquérir les nombreux indécis. Toutefois, la campagne électorale a été marquée par un scepticisme aussi profond que paradoxal au sein de la population kosovare.

En effet, si les élections devraient être considérées comme un tournant important dans la jeune histoire du pays, devant affirmer son indépendance et le préparer aux enjeux fondamentaux de son avenir, et bien qu’elles offrent un certain renouveau de la classe politique, une faible participation est toutefois attendue ce dimanche. Les lendemains qui chantent, annoncés par les anciennes gloires de l’UÇK et son chef de file Hashim Thaçi (PDK) lors de la déclaration d’indépendance, sont restés au stade des promesses. Ils ont laissé place à un désenchantement profond, illustré par une abstention grandissante lors des dernières élections et alimenté par un développement économique catastrophique du pays, une corruption généralisée au sommet de l’État et un manque d’expérience (ou une soumission, c’est selon) de la classe politique vis-à-vis de la communauté internationale.

"Je vote, tu votes, il/elle vote, nous votons, vous votez... ils profitent!", l'un des slogans de Vetëvendosje

"Je vote, tu votes, il/elle vote, nous votons, vous votez... ils profitent!", l'un des slogans de Vetëvendosje

Et pourtant, malgré la révolution Vetëvendosje (crédité de 15 à 18% dans les sondages), le succès probable de FER (4-6%) et le maintien de l’AKR et de l’AAK (7-13%), le PDK est toujours donné gagnant (27-30%), suivi de près par la LDK du maire de Pristina, Isa Mustafa.

En effet, l’ancrage territorial des partis politiques Lire la suite

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Classé dans Eclairage, Elections 2010, Kosovo/Serbie, Minorités, Vie Politique

Cathédrale Mère Teresa: Quelle priorité pour le Kosovo?

Un nouvel édifice a fait son apparition dans le ciel de Pristina, l’un des plus hauts de la ville et des plus décriés : la cathédrale Mère Teresa. Bien que partiellement achevée (elle le sera d’ici deux ans), elle a été inaugurée au début du mois de septembre à l’occasion du centenaire de la naissance de Mère Teresa (1910-1997). Elle est également l’une des plus grandes des Balkans, dans un pays où la communauté catholique est l’une des plus faibles de la région, ne représenterait que 50 à 60 000 fidèles, moins de 3% de la population du pays.

Dans un pays où plus de 90% de la population est de tradition musulmane, comment ne pas comprendre la perplexité de nombreux Kosovars vis-à-vis de la nouvelle cathédrale?

Cathédrale Mère Teresa, Pristina - par Pierre Bonifassi (2010)

Cathédrale Mère Teresa, Pristina - par Pierre Bonifassi (2010)

L’ancien président et leader historique du Kosovo, Ibrahim Rugova (1944-2006), voulait faire de Pristina une capitale internationale, multiculturelle et pluriconfessionnelle, avec ses mosquées, ses édifices orthodoxes et sa cathédrale catholique. Il se serait d’ailleurs converti au catholicisme peu avant sa mort en 2006, un an avant le lancement des travaux. La cathédrale devait être ainsi le symbole de la diversité et de la tolérance religieuse du pays et de l’aspiration du Kosovo à intégrer l’espace européen.

Pour d’autres, en revanche, la perplexité laisse place à l’indignation. Une militante de Vetëvendosje, radicale, me confiait récemment: « Pourquoi construire une cathédrale si haute, si grande, en plein cœur de la ville, si ce n’est pour me faire sentir, moi kosovo-albanaise, si petite face à cette religion qui n’est pas la mienne? ».

La cathédrale serait une exigence implicite de la communauté internationale face aux risques (fantasmés) d’un Kosovo foyer du radicalisme musulman. Lire la suite

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Laïcité au Kosovo: entre aspiration européenne et consolidation identitaire

Au cœur d’une société à écrasante majorité musulmane, le débat sur la laïcité s’installe progressivement au Kosovo. Ces dernières semaines, quelques milliers de personnes ont manifesté à Pristina contre l’exclusion de collégiennes qui portaient le foulard à l’école. Comme ailleurs en Europe, les polémiques naissent au sujet du voile, mais le débat prend ici une dimension originale.

La Constitution de 2008 affirme le caractère laïc de l’État ainsi que la multiethnicité de la société kosovare. Le port du foulard est donc interdit dans les lieux publics, au nom du respect des minorités religieuses, notamment orthodoxes et catholiques. Ainsi, dans une société à 90% musulmane, les manifestants se sentent discriminés par leur propre État. Cette frustration se retrouve dans les slogans lancés par la foule: « Le Communisme est terminé! », « N’utilisez pas l’État contre nous! ».

Pristina, 11 mai 2010: Manifestation pour la réintégration d'une écolière exclue pour avoir porté le voile à l'école. "Cessez les discriminations" réclame la banderole rouge - par Pierre Bonifassi

Pristina, 11 mai 2010: Manifestation pour la réintégration d'une écolière exclue pour avoir porté le voile à l'école. "Cessez les discriminations" réclame la banderole rouge - par Pierre Bonifassi

Un ami me confiait d’ailleurs récemment: « En tant que Kosovo-albanais, j’ai l’impression que les Serbes, ici, qui ne représentent pourtant que 5% de la population, ont bien plus de droits que nous », ajoutant que « le port du voile dans les lieux publics est un droit pour les musulmans ». Un sentiment assez répandu dans la société, même si les défilés du 11 mai et du 18 juin n’ont réuni que 1000 à 5000 manifestants. Le représentant de la Kosovo Islamic Community (KIC), Naim Tërnava, entend défendre sa cause devant la Cour constitutionnelle du Kosovo. En cas de rejet (fort probable), il a déclaré cette semaine vouloir saisir la Cour européenne des Droits de l’Homme. 

Pour que l’indépendance du Kosovo puisse être acceptée par la communauté internationale, la nouvelle Constitution se devait d’être un modèle de tolérance et de protection à l’égard des minorités. La situation est si sensible avec la communauté serbe orthodoxe, que Pristina se devait de jouer le jeu de la neutralité absolue. Lire la suite

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Les villes de Mitrovica

Une ville, un fleuve. Deux rives, deux communautés. La rivière Ibar, qui traverse la ville de Mitrovica, marque la frontière entre les Albanais et les Serbes du Kosovo. Entre les deux rives un pont. Le Pont. Détruit pendant la guerre de 1999, puis reconstruit par la communauté internationale, il est le symbole de Mitrovica, devenue l’archétype d’une ville divisée, fracturée.

Au Sud du fleuve, Mitrovica est albanaise et musulmane, on y paie en euros et la capitale Pristina y exerce son pouvoir. Ici, une statue pour les héros albanais. Au Nord du fleuve, Mitrovica est serbe et orthodoxe, l’euro fait place au dinar, l’alphabet latin au cyrillique, et Pristina à Belgrade. Là, une statue pour les héros serbes. Les deux communautés se font face, appuient leurs différences mais s’évitent le plus souvent. D’une rive à l’autre, on passe des slogans de Vetëvendosje aux slogans nationalistes serbes. D’un radicalisme à un autre.

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Petite histoire des Janjevci, Croates du Kosovo

Surplombant la grande plaine de Kosovo, le village de Janjevo, à quelques kilomètres de Pristina, témoigne de la richesse historique, ethnique et culturelle du pays. En entrant dans ce village qui compte aujourd’hui 500 habitants, les premières habitations albanaises et roms passées, on découvre sur les hauteurs de la ville, les maisons d’une petite communauté croate. Isolée, à plusieurs centaines de kilomètres de la Croatie, la présence séculaire de cette niche croate au cœur du Kosovo ne peut qu’aiguiser la curiosité.

Retour en arrière.

Le village de Janjevo - par Pierre Bonifassi (2010)

Du XIVè au début du XXème siècle, le Kosovo fait partie intégrante de l’Empire ottoman. La richesse minière du pays, et notamment celle de la région de Janjevo, attire, dès le XIVème siècle, de nombreux commerçants et mineurs de la région. En particulier des Slaves catholiques venant de Dubrovnik, de Bosnie-Herzégovine, mais aussi d’Europe centrale. Point important, dans les Balkans, la religion est à la base de l’identification communautaire. Ainsi, ces slaves, parce que catholiques et quel que soit leur pays d’origine, seront reconnus et s’identifieront eux-mêmes comme « croates ». Au fil des siècles, les Croates de Janjevo, appelés « Janjevci », placés sous l’Épiscopat de Zadar (Croatie) ont réussi à maintenir leur identité culturelle et à perpétuer leurs traditions. Le recensement de 1991 fait état de plus de 8000 Janjevici au Kosovo, demeurant majoritairement à Janjevo et à Letnica, dans le sud du pays.

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Gračanica: enclave serbe au Kosovo

Les chants des sœurs s’élèvent et se répercutent sur les voûtes, l’encens dispersé de droite à gauche par le pope remplit doucement la nef. Les rares fidèles s’avancent vers les icônes, les embrassent, puis se recueillent longuement.

Nous sommes au Monastère de Gračanica, l’un des plus importants centres spirituels de l’Église orthodoxe serbe au Kosovo.

Monastère de Gračanica - par Pierre Bonifassi (2008)

Bâti au cours du XIVème siècle, ses murs intérieurs sont intégralement recouverts de fresques représentant les scènes de la Bible ainsi que la dynastie royale serbe. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une vingtaine de sœurs font revivre le Monastère, devenu, depuis les affrontements de 1999, le siège épiscopal de l’évêque de Raška et Prizren. Depuis 2004, protégé par les militaires de la KFOR, il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le Monastère de Gračanica est devenu, au fil du temps, un îlot orthodoxe en plein cœur du Kosovo albanais. C’est l’une de ses enclaves serbes vivant, de fait, à contre-courant du reste du pays. Lire la suite

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Roms: l’empoisonnement par passivité

Victime collatérale des affrontements de 1999, la population rom du nord du Kosovo subit aujourd’hui, selon l’OMS, l’un des plus grands désastres sanitaires et humanitaires de la planète. Avant la guerre, environ 8000 Roms vivaient dans un quartier de la périphérie de Mitrovica, appelé « Roma Mahalla ». Leurs habitations détruites et victimes de persécutions pendant les conflits, ils durent pour la plupart fuir à l’étranger. Toutefois, un millier de Roms sont restés dans la région et ont été contraints de s’installer, au début des années 2000, dans différents camps de fortune: Cesmin Lug et Žitkovac, et Kablar.

Mitrovica et sa région tirent, historiquement, une grande partie de leur développement économique du complexe minier de Trepča. Cependant, les émissions de plomb, d’arsenic et de cadmium qui en sont issues ont provoqué, au fil des années, une très forte pollution des terres et de l’air. C’est pourtant à quelques centaines de mètres de ce complexe que se sont bâtis deux des trois camps roms.

Habitations de Roma Mahalla en ruines

Les conséquences sont dramatiques. Le plomb, très toxique, pénètre rapidement dans le sang, les muscles, et en cas de longue exposition, dans les os et les dents. Dans ce cas, l’organisme peut mettre jusqu’à trente ans pour l’éliminer. Il engendre des séquelles cérébrales, touche les systèmes nerveux et reproducteur, provoque, chez l’enfant, des retards de développement physiques et mentaux. Les enfants sont particulièrement touchés, absorbant de fortes quantités de plomb par les jeux en plein air, une alimentation contaminée, et par l’allaitement. Dans ces camps, le taux de mortalité est bien plus élevé que la normale.

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